Un article édifiant sur la Voix du Nord Dunkerque sur certaines pratiques dans le social, malheureusement plus courantes que l’on ne pourrait le penser ! Des usagers hébergés dans des conditions sans nom, des salariés maltraités et des avantages indus pour les cadres ! Un suicide !! Les patrons du social derrière un discours lénifiant, ne se comportent pas mieux que ceux du MEDEF…
Actualité Dunkerque
L’AAE s’enlise dans un conflit dur nécessitant l’intervention d’un médiateur
samedi 26.11.2011, 05:15 -- La Voix du Nord
Les éducateurs de l’AAE ne décolèrent pas
et le conflit se durcit de jour en jour.
| DROIT DE RETRAIT |
Ce n’est plus un fossé, mais un gouffre qui s’est creusé entre les éducateurs de l’AAE et la direction de l’association. Après le suicide de Fabrice,un éducateur humilié par une sanction ressentie comme profondément injuste, le droit de retrait observé parles salariés a pris des allures de conflit social. Un médiateur a été nommé, hier, alors que la direction enjoignait les éducateurs à réintégrer leurs postes, sous peine de voir la structure aller droit dans le mur.
PAR ALEXIS CONSTANT
dunkerque@lavoixdunord.fr PHOTO « LA VOIX »
Le conseil d’administration a envoyé, avant-hier soir, un communiqué aux éducateurs de l’AAE (Association d’action éducative) qui exercent leur droit de retrait depuis maintenant dix jours. « Les missions de l’association ne sont plus assurées : les usagers, particulièrement les enfants et les jeunes, risquent de ne plus bénéficier des services dans des conditions de sécurité ». Et de brandir entre les lignes, la menace de la mort pure et simple de l’AAE si une sortie de crise n’était pas trouvée : « Ne pas nous donner ensemble cette chance, c’est choisir une voie pleine de risques pour tous ceux qui sont concernés pas l’association ».
« Confiance rompue »
En assemblée générale, les éducateurs ont interprété ce courrier comme du chantage. « La confiance avec les membres de la direction est définitivement rompue », ont déclaré les salariés pour qui il ne semble pas y avoir de retour en arrière possible.
Les éducateurs ayant réaffirmé avec force le refus d’un contact direct avec la direction, l’estimant responsable de leurs conditions de travail indigentes, de pressions et de leur souffrance au travail, un inspecteur du travail a été désigné, hier, pour jouer les médiateurs.
Il devra faire remonter deux revendications majeures : « Trouver de nouveaux interlocuteurs au siège, puisque nous demandons au final la démission du président, du directeur général, du directeur administratif et financier et du directeur du pôle éducatif, obtenir des décisions concrètes pour améliorer nos conditions de travail », avance l’intersyndicale CGT-CFDT.
« Dans les foyers, on ne peut plus accepter de laisser les enfants regarder la télé à même le sol, assis sur des chiffons, obligés d’allumer le poste avec une paire de ciseaux parce qu’il est cassé. L’état des chambres est déplorable, les sanitaires déglingués. Depuis un an, c’est la paupérisation dans tous les services », haranguent les éducateurs.
Une paupérisation de l’outil de travail et des moyens humains jugés insuffisants qui passent d’autant plus mal que les administrateurs de l’AAE ont accepté d’octroyer aux cadres dirigeants des avantages pour le moins alléchants.
Finances ric-rac, salaires de préfet
Les onze plus gros salaires de l’AAE engloutissent à eux seuls près de 700 000 E du budget annuel. Parmi ces onze dirigeants, les plus hauts cadres touchent des émoluments dignes de préfets, disposent aux frais de l’association des véhicules de leur choix (grosses berlines à 30 000 E), sans aucune restriction d’utilisation, de kilométrage, incluant leurs besoins personnels et familiaux.
Cela dans un contexte où les finances de l’AAE ne sont pas au beau fixe, avec un déficit de 1,3 million d’euros pour l’exercice 2010.
L’année 2011, dont le bilan n’a pas encore été établi, ne promet rien de bon. La rumeur d’un dépôt de bilan circule depuis quelques semaines, avec une reprise de la structure par l’AFEJI. « Le dépôt de bilan n’est pas à l’ordre du jour. Mais si le conflit continuait, la situation pourrait devenir très difficile », nous confiait, avant-hier soir, Daniel Lemang, président de l’AAE.
Face à cette situation financière délicate, les syndicats vont solliciter un droit d’alerte économique pour permettre à un cabinet d’audit de donner une visibilité sur la situation de l’AAE. •